Partie 3 – Interview avec un sergent de la Légion étrangère

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C’est la troisième et dernière partie de l’interview que j’ai fait avec Raf, un sergent que j’ai rencontré lors d’un stage à Castelnaudary. J’espère que vous avez aimé cette conversation !

A : Combien de fois vous étiez au contact pendant ce mandat ? C’est ce que les gens demandent le plus souvent.

R : 5 ou 6 fois peut-être au total, avec à peu près 15 terroristes neutralisés (le terme officiel utilisé par l’armée française lorsqu’il s’agit de donner du bilan – ndlr). Le reste c’était plutôt des fouilles des caches ou de ratissage, mais on a rarement fait de bilan de cette façon. Encore une belle mission de 5 mois, mais à la fin on faisait plutôt des escortes ou des petites sorties. Mais ces sont des missions quand-même, parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver.

A : Je suis tout à fait d’accord avec toi. Que-est ce qui t’as marqué le plus au Mali ?

R : La population. Les gens vivent dans le désert, en pleine milieu de rien du tout. Ils n’ont pas grande chose, mais ils sont heureux quand-même. C’est impressionnant. Nous en Europe, nous avons tout par rapport à eux, mais pourtant c’est nous qui râlons tout le temps.

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La deuxième chose, c’était la difficulté de la situation. C’est extrêmement complexe, car il y a beaucoup des consignes à respecter et parfois c’est très difficile. À chaque fois, il fallait bien identifier la cible, pour que l’on soit 100% sûr que c’est un terroriste. C’était particulièrement vrai pour les motos ou les pickups. C’est opération n’est pas une guerre classique, mais plutôt un conflit asymétrique.

A : Merci d’avoir raconté tout ça. J’aurais encore quelques questions un peu plus ordinaires, mais qui pourraient quand-même intéresser les gens. Pourquoi as-tu choisi de faire une carrière de sous-officier ?

R : Devenir sous-officier était quelque chose de naturel pour moi, je dirais. En tant que AMF, j’avais l’habitude de commander et après mon séjour c’était une voie plutôt évidente dans mon cas.

A : Quelle était ta pire journée que tu as passée à la Légion ?

R : C’était pendant le stage AMF. Cela faisait plusieurs semaines que nous étions dans le stage et j’ai décidé de me cacher derrière un arbre pour que je puisse dormir un peu. Mais à un moment donné les instructeurs et mes camarades commençaient à me chercher. C’était l’alerte générale, parce que personne ne savait où je suis. Mais bien sûr, au bout d’un moment ils m’ont trouvé endormi et c’était du ramassage collectif pendant des heures. C’est moi qui portais la corde et des poids en plus, mais tout le monde ramassait, comme d’habitude. Sauf que cette fois c’était à cause de moi. Je me sentais coupable et très mal.

A : Ta meilleure journée ?

R : La remise de brevet AMF un jeudi après-midi sur la place d’arme du 3REI par le chef de corps. Tout le régiment était là en garde-à-vous, juste pour assister à notre remise de brevet. J’étais super content, parce que ce stage était le plus difficile de ma vie. Le chef de corps a fini la cérémonie par dire, qu’en Guyane il n’y a que deux type des personnes. Les AMF et les autres. J’étais très fier de moi et je me sentais libre. Pendant le stage il fallait toujours demander d’autorisation pour faire quoi que ce soit. Même pour aller pisser, donc j’étais content. Je pouvais enfin aller dormir tranquillement.

A : Quel est le plus grand inconvénient pour toi à la Légion ?

R : La partie administrative. C’est toujours trop long et trop lent. Il faut toujours prévoir plusieurs semaines avant une permission si tu veux aller à l’étranger et soit tu obtiens l’autorisation, soit non. Mais c’est trop procédurier, alors que dans l’armée régulière il suffit de faire un simple papier et tu l’as automatiquement. Tu peux aller au Japon, aux États-Unis ou où tu veux pendant ton temps libre.

La deuxième chose, c’est que à la Légion on nous demande d’aller toujours plus loin. C’est très tendu des fois. Surtout quand on voit les autres qu’ils sont tranquilles, chez eux c’est toujours plus souple. Je pense que c’est ça l’inconvénient.

A : Les avantages ?

R : C’est que tu peux avoir une vie différente, même quand tu es plus âgé. Tu vies de périodes très difficiles, tu passes plusieurs jours dans la pluie pendant un exercice, mais à la fin tu es toujours content de l’avoir fait. Tout ça te renforce mentalement et au final, quand tu marches dans les rues et qu’il y a une averse, les gens commencent à courir pour se cacher de pluie. Mais toi tu restes tranquille, en sachant que tu as déjà vécu pire que ça. Cela te rend plus fort et plus heureux.

A : La dernière question. Si c’était à refaire, est-ce que tu le recommencerais ?

R : Oui, sans hésitation. Je pense que tout le monde dirait ça, même ceux qui ont déserté ou n’ont pas terminé leur premier contrat. On peut vivre de moment inoubliable que l’on ne pourrait pas dans la vie civile. C’est une expérience extraordinaire.

C’est la fin de l’interview. SI jamais vous avez d’autres questions que vous aimeriez poser à Raf, n’hésitez pas à la laisser en commentaire !

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