Partie 1 – Interview avec un sergent de la Légion étrangère

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Rafale sergeant of the Foreign Legion

Novembre 2020.

J’ai fait cette interview avec Raf que j’ai rencontré pendant notre stage sergent à Castelnaudary il y a quelques années maintenant. En Raf, j’ai connu une personne qui garde toujours un excellent état d’esprit, même dans des situations la plus chiante. Je crois que cette approche est indispensable pour être et durer à la Légion étrangère. Son témoignage est le point de vue d’une personne ayant un état d’esprit hors pair.

Aron : Salut Raf ! Je voulais faire cette interview depuis longtemps avec toi, heureusement que nous avons tous les deux un peu de temps libre. Peux-tu parler de toi et de ton début de parcours à la Légion étrangère ?

Raf : J’ai actuellement 35 ans, je me suis engagé à la Légion à Paris au Fort de Nogent. J’étais étudiant en math, mais après avoir fini l’université je me suis rendu compte que ce ne pas ce que je voulais faire, donc j’ai commencé à travailler dans un bureau de tabac. C’était un travail qui me plaisait beaucoup, car j’aimais rencontrer des gens, parler, vendre des choses, tout ce qui est commerce, en fait. Mais au bout de deux ans je voulais changer. Mon cousin était Légionnaire au 2°REP, donc je me suis renseigné auprès de lui et il m’a expliqué les démarches à faire. J’ai également fait de recherches de mon côté. J’ai regardé toutes les vidéos sur YouTube sur la Légion et du coup j’ai décidé de m’engager.

A : Tu t’es présenté au Fort de Nogent du coup

R : Oui, j’y suis parti en décembre avant Noël, mais il n’y avait pas trop de place à ce moment-là, car ils étaient en pleine période de préparation. Du coup, le caporal-chef m’a dit de revenir un autre jour. J’ai pris donc mon sac et je suis reparti à la maison, mais le lendemain je me suis présenté à nouveau et cette fois-ci ça a marché.

A : Que s’est-il passé ensuite ?

R : On m’a tout de suite désigné responsable car j’étais francophone. J’accompagnais les mecs à l’infirmerie, je cherchais les gens s’il fallait. Je courais partout, donc je ne m’ennuyais pas.

A : T’étais caporal du jour direct alors

R : Oui. Ça a duré deux semaines, car en période de Noel il n’y avait pas trop de départ pour Aubagne, donc c’était un peu long.

A : Puis t’as passé les sélections et c’est parti pour l’instruction dans une époque où les nouveaux légionnaires n’avaient pas le droit au téléphone. Parle un peu de cette période. Comment t’as vécu les premiers mois à la Légion ? Est-ce que c’était ce que tu attendais ?

R : C’était exactement comme dans les vidéos. Je suis arrivé avec la première vague à Castelnaudary à la 1ere compagnie, donc ça nous a permis de se mettre vite dans l’ambiance. Après à la ferme, on faisait beaucoup de sport, en apprenais les premiers gestes à faire au combat. Je crois que c’est la période la plus excitante dans la vie d’un légionnaire car c’est le moment quand on devient membre de la « Famille ».

Notre instruction a été particulièrement difficile. On était 32 au début, mais il n’y avait eu que 13 mutés à la fin. Du jamais vu selon le capitaine commandant de la compagnie. Aujourd’hui il ne reste plus que trois personne à la Légion de ma section. On est tous sergents maintenant.

A : Tu étais parti dans quel régiment ? Directement au 3REI ?

R : Non. En fait, j’ai demandé soit le 3REI soit le 2REI à la fin de l’instruction, mais le capitaine me disait que si je voulais aller au 3REI il faut que mes papiers soient en règles. Il m’a proposé de rester à Castel et puis l’année d’après je pouvais partir en Guyane.

A : Comment s’est passé ton temps à Castel ?

R : J’ai enchainé directement avec la PPFGE et passé caporal ensuite. J’ai encadré 3 sections de nouveaux légionnaires. Deux de ma section et pour la 3eme fois j’étais détaché à une autre section. Puis l’été prochain, j’ai été affecté au 3REI comme prévu. J’y suis parti pour deux ans, mais finalement j’avais fait trois. Avant de partir, j’avais parlé avec une personne qui avait fait 3 séjours à Kourou et il me disait que soit tu aimes la Guyane soit tu la déteste, mais ça tu ne le sauras qu’après l’avoir fait.

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A : Effectivement. J’ai pu l’expérimenter l’ambiance sur ma propre peau. Donc, tu es arrivé en Guyane. Quelles sont les premières choses que tu as fait ?

R : Je suis arrivé en Guyane en aout et quand j’ai passé devant le capitaine, j’ai demandé de faire le stage AMF, mais c’était refusé. Il me disait que je devrais acquérir de l’expérience, s’acclimater un peu et puis on verra. Et heureusement qu’il m’a dit ça, car cela m’a permis de faire de missions en forêt dans le cadre de l’opération Harpie. C’est une mission contre l’orpaillage illégale sur le territoire français. J’ai également pu participer dans l’opération Titan qui consiste à protéger le centre spatial à Kourou.

A : Mais le stage AMF ne restait pas inaccessible

R : Non, j’ai commencé le stage pendant ma deuxième année. Probablement le stage le plus difficile que j’ai fait à la légion.

A : Tu peux nous en dire plus ? Comment se déroule le stage exactement ?

R : Alors, tu commences par la présentation du stage devant la chapelle du régiment. Tu vois les instructeurs arrivés, ils expliquent un peu ce qu’il nous attend et puis c’est parti. Quatre jours de test non-stop, sans arrêt. La marche course de 8km, parcours d’obstacle, des différentes épreuves de force, des tests piscine et tout ce que tu peux imaginer. Tu es tout le temps en train de porter un brancard avec quelqu’un dessus. Il faut aussi savoir que pendant ce stage il suffit de dire « j’abandonne » aux instructeurs et tu quittes le stage sans que tu sois obligé d’expliquer pourquoi. Ça, tu le feras devant ton commandant d’unité ou chef de section.

Tu es également noté dès le premier jour et il y a un classement à la fin de la semaine. Selon ta position dans ce classement, tu reçois un numéro par lequel on t’appellera pendant tout au long du stage. J’étais deuxième, donc j’étais le stagiaire numéro deux. Ce stage est réservé que pour les militaires du rang, légionnaire, caporal et caporal-chef, mais pendant la formation il n’y a plus de grade. On était que des numéros. Une fois la semaine est finie, c’est parti pour le foret et en avant pour le stage.

A : C’était quoi le programme ensuite ?

R : Au début c’était plutôt apprentissage. Comment naviguer une pirogue, couper un arbre avec une tronçonneuse, franchissement de coupure humide, les règles à respecter en forêt ainsi de suite.

A : Donc c’était plutôt pédago au final ?

R : Oui, en fait à chaque fois lorsqu’il y avait un exercice, tout le monde a dû passer comme s’il était moniteur. On devait expliquer ce qu’il faut faire comme si on avait une section d’élevés officier ou des stagiaires étrangers devant nous.

A : Mais pas que

R : « Il rigole ». Non, c’était un massacre en même temps. Il n’y avait pas de temps pour récupérer ou pour se remettre en condition. Zéro temps libre ou de repos, sauf les dimanches après-midi entre 4 et 6 heures, car il y avait une visite médicale qui était obligatoire pour tout le monde pour voir si on a chopé quelque chose. Il y avait beaucoup qui ont dû quitter le stage à cause d’un problème de santé.

C’était une formation hyper fatiguant et on ne savait jamais quand la journée allait se terminer. Pendant la phase survie, on finissait assez souvent aux alentours de 2-3 heures du matin et on reprenait à 5 heures. Ou on ne dormait pas du tout, c’était aussi une option qui est arrivée assez souvent. On nous a pesé au début ainsi qu’à la fin du stage et j’ai perdu treize kilos. Finalement, nous étions que 9 à avoir réussi sur 30 stagiaire au début.

A : Une fois tu as eu ton brevet, il s’est passé quoi ?

R : J’étais super content et j’étais affecté au CEFE, donc c’était carrément différent. En tant que moniteur, ce n’est pas du tout la même chose, car j’étais à l’autre côté en tant qu’encadrement. On faisait le stage aux militaires des pays différents comme les Pays-Bas, le Suriname mais il y avait aussi des élèves-officiers de St. Cyr qui venaient passer leur stage d’aguerrissement en Guyane. Jusqu’à aujourd’hui il y a des officiers, des capitaines la plupart de temps, qui me dit bonjour en me disant que aah c’était vous qui nous avez ramassé au CEFE ? C’est une expérience inoubliable.

Après son séjour en Guyane, Raf a retourné au métropole pour poursuivre sa carrière à la Légion étrangère. Nous avons discuté de plusieurs sujets, de son affectation et de ses missions dans son nouveau régiment…

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